CLAIRE SUN Cannes · Barreau de Grasse

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Entreprises en difficulté

Défaillances d’entreprises en 2026 : opportunités et risques pour les repreneurs

Au premier semestre 2026, 36 636 ouvertures de procédures collectives ont été recensées en France, soit une hausse de 4,1 % par rapport à la même période en 2025, selon l’Observatoire des données économiques du Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ).

Ces chiffres témoignent de difficultés économiques persistantes. Ils peuvent également retenir l’attention des entrepreneurs et investisseurs à la recherche d’une activité ou d’actifs à reprendre.

Pour autant, une entreprise en difficulté ne constitue pas nécessairement une opportunité d’acquisition. Une activité peut conserver une valeur économique malgré les difficultés de la société qui l’exploite, mais cette valeur dépend aussi du projet, des moyens et du profil du repreneur.

Toute la difficulté consiste à déterminer ce qui peut effectivement être repris, à quelles conditions et avec quelles perspectives d’exploitation.

Défaillances en 2026 : une hausse modérée, mais un niveau toujours élevé

Selon le CNAJMJ, les 36 636 ouvertures de procédures collectives enregistrées au premier semestre 2026 comprennent 11 850 redressements judiciaires, 23 999 liquidations judiciaires directes et 787 sauvegardes.

La progression du nombre de défaillances ralentit par rapport aux fortes augmentations observées depuis 2022. Le nombre de procédures demeure néanmoins supérieur de 36,8 % à celui du premier semestre 2019.

Les situations varient sensiblement selon les secteurs.

La construction reste le premier secteur concerné en volume, avec 6 917 procédures, malgré un léger recul de 1,1 % sur un an. Le commerce enregistre 6 797 procédures (+2,1 %) et l’hébergement-restauration 4 797 (+4,8 %).

À l’inverse, les activités spécialisées, scientifiques et techniques connaissent une progression plus marquée (+10,9 %), tout comme les services administratifs et de soutien (+9,6 %).

Ces évolutions ne permettent cependant pas d’apprécier, à elles seules, la situation économique de chaque secteur. Elles mesurent des ouvertures de procédures, sans les rapporter au nombre total d’entreprises en activité.

Surtout, une procédure collective ne correspond pas automatiquement à une entreprise disponible à la reprise. Certaines entreprises poursuivent leur activité dans le cadre d’un plan ; d’autres peuvent faire l’objet d’une cession d’entreprise ou d’une réalisation séparée de leurs actifs.

Pour un investisseur, ces statistiques constituent donc un indicateur de veille économique, et non un inventaire d’opportunités.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, une évolution à distinguer de la tendance nationale

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 3 154 ouvertures de procédures collectives ont été recensées au premier semestre 2026, contre 3 075 un an auparavant, soit une progression de 2,6 %.

Cette augmentation intervient après une année 2025 marquée par une baisse régionale de 5,3 % par rapport à 2024.

La situation régionale présente ainsi certaines particularités, sans que ces données permettent d’en déduire un marché de la reprise plus ou moins attractif qu’ailleurs.

Pour une entreprise implantée à Cannes, Nice ou Sophia Antipolis, une acquisition de proximité peut présenter un intérêt : accès à une nouvelle clientèle, implantation complémentaire ou renforcement des moyens de production.

Mais l’intérêt d’une cible ne dépend pas uniquement de sa localisation. Une activité située dans une autre région peut répondre davantage aux objectifs d’un repreneur.

Le choix d’une entreprise à reprendre doit d’abord résulter d’une cohérence économique, avant de répondre à une logique géographique.

Entreprise en difficulté : distinguer la valeur de l’activité des difficultés de la société

Une société peut être fragilisée par un endettement excessif, des charges devenues trop importantes ou des investissements mal financés, tout en conservant des éléments présentant un intérêt économique.

Il peut s’agir d’équipements, d’une clientèle, d’une implantation, d’une marque ou encore de compétences techniques.

Ces éléments ne constituent toutefois pas une valeur indépendante de leur utilisation future. Leur intérêt dépend des conditions dans lesquelles le repreneur pourra les exploiter.

Prenons l’exemple d’une entreprise industrielle disposant de machines opérationnelles et d’un savoir-faire reconnu, mais dont la structure de coûts n’est plus adaptée à son niveau d’activité.

Un entrepreneur souhaitant reprendre seul l’exploitation devra supporter les charges des locaux, la maintenance des équipements, les dépenses de personnel et les besoins de trésorerie. L’opération pourrait s’avérer difficilement viable.

À l’inverse, une entreprise déjà présente dans le secteur pourrait envisager d’intégrer certains équipements à ses propres installations, de compléter sa capacité de production ou de mobiliser un réseau commercial existant.

Les mêmes actifs peuvent donc présenter un intérêt très différent selon le candidat.

Cette distinction se retrouve dans les activités commerciales ou de services. Une clientèle, un emplacement ou une marque peuvent avoir un intérêt pour une entreprise en croissance externe, sans nécessairement permettre à un repreneur individuel de reconstituer une activité rentable.

Encore faut-il que ces éléments soient effectivement compris dans le périmètre de l’opération et puissent être exploités dans les conditions envisagées.

Une clientèle ne garantit pas la poursuite des relations commerciales. Un savoir-faire peut dépendre de salariés qui ne seront pas nécessairement présents après la reprise. Certains contrats ou autorisations peuvent également soulever des difficultés particulières.

La valeur économique d’une activité doit ainsi être appréciée au regard de son fonctionnement futur, mais aussi du périmètre juridique de ce qui peut réellement être acquis.

Ce qui peut compromettre une reprise, même à un prix attractif

Le prix proposé ne représente qu’une partie du coût d’une reprise. Avant même d’en apprécier le montant, le candidat doit comprendre la nature exacte de l’opération envisagée.

Une cession d’entreprise dans le cadre d’un plan de cession judiciaire ne répond pas au même régime que la vente d’actifs isolés ou l’acquisition des titres d’une société.

En redressement judiciaire, le tribunal peut, à la demande de l’administrateur, ordonner une cession totale ou partielle de l’entreprise si les plans proposés apparaissent manifestement insusceptibles de permettre son redressement ou en l’absence de tels plans, conformément à l’article L. 631-22 du Code de commerce.

En liquidation judiciaire, une cession d’entreprise peut également être organisée lorsque les conditions légales sont réunies. À défaut, les actifs peuvent notamment faire l’objet de réalisations séparées.

Dans le cadre d’un plan de cession, une cession partielle porte sur un ensemble d’éléments d’exploitation constituant une ou plusieurs branches complètes et autonomes d’activité.

Ces distinctions sont déterminantes, car le repreneur doit s’assurer que le périmètre envisagé correspond effectivement à son projet.

L’acquisition de matériel peut, par exemple, présenter peu d’intérêt si les locaux, les logiciels ou les autorisations indispensables à son fonctionnement ne sont pas disponibles.

La question des contrats exige également une attention particulière. Dans le cadre d’un plan de cession, le tribunal peut ordonner la transmission de certains contrats nécessaires au maintien de l’activité, dans les conditions prévues par l’article L. 642-7 du Code de commerce. Cette règle ne signifie pas que tous les contrats de l’entreprise seraient automatiquement transférés.

De même, les conséquences sociales doivent être examinées selon le périmètre et le régime de l’opération. Le sort des contrats de travail ne peut être déduit de la seule volonté du candidat repreneur.

À ces enjeux juridiques s’ajoute la question des moyens financiers. Une reprise peut nécessiter des investissements, des recrutements, la reconstitution de stocks ou un besoin en fonds de roulement important dès les premiers mois.

Enfin, les délais judiciaires imposent une préparation rigoureuse. Dans le cadre d’une offre de cession d’entreprise, l’article L. 642-2 du Code de commerce prévoit notamment des indications relatives au périmètre de reprise, au prix, aux prévisions d’activité et de financement, aux perspectives d’emploi et aux garanties proposées. Le candidat doit également mesurer la portée de son engagement.

Le risque n’est donc pas seulement d’acquérir trop cher, mais d’acquérir un ensemble qui ne permet pas de réaliser le projet envisagé.

Identifier une cible cohérente avec son projet avant de préparer une offre

Une démarche de reprise ne devrait pas commencer par la recherche du prix le plus bas, mais par la définition de ce que le candidat souhaite développer.

L’objectif peut être d’exploiter une activité autonome, de compléter une offre commerciale, d’acquérir un savoir-faire ou de renforcer une implantation.

Cette réflexion initiale permet de déterminer les caractéristiques de la cible recherchée, puis d’examiner les entreprises et actifs susceptibles de correspondre au projet.

Les annonces de cession et les informations diffusées par les professionnels des procédures collectives peuvent constituer un premier point d’entrée. Elles ne remplacent toutefois pas l’analyse des documents disponibles et des conditions juridiques de l’opération.

Le candidat doit notamment vérifier que les moyens indispensables à l’activité pourront effectivement être mobilisés, que les besoins financiers ont été correctement appréciés et que les délais permettent de préparer une offre répondant aux exigences de la procédure.

Cette préparation doit également tenir compte de la période qui suivra l’acquisition. Obtenir la reprise ne suffit pas : encore faut-il disposer des moyens nécessaires pour mettre en œuvre le projet.

Les chiffres des défaillances permettent de mesurer les difficultés rencontrées par les entreprises. Ils ne disent pas, en revanche, lesquelles peuvent être reprises dans des conditions économiquement viables.

Pour un candidat, l’enjeu n’est pas de trouver une entreprise à bas prix, mais d’identifier une activité ou des actifs qui répondent à son projet, de comprendre les raisons des difficultés et d’apprécier les conditions juridiques et financières de leur acquisition.

Une reprise ne se juge pas seulement à ce que l’on achète, mais aussi à ce que l’on sera effectivement en mesure d’en faire.


L’accompagnement du Cabinet SUN

Basée à Cannes et inscrite au barreau de Grasse, Maître Claire SUN accompagne les entrepreneurs et investisseurs dans leurs projets de reprise d’entreprises en difficulté, notamment dans l’analyse juridique des opérations et la préparation des offres de reprise.

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Sources et références

Données économiques

Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ), L’Officiel des difficultés des entreprises – 1er semestre 2026, notamment pages 1 à 4 et 10.

CNAJMJ, L’Officiel des difficultés des entreprises – 4e trimestre et bilan 2025, notamment pages 1, 3 et 4.

Observatoire des données économiques du CNAJMJ.

Références juridiques

Code de commerce, article L. 631-22 : cession totale ou partielle de l’entreprise en redressement judiciaire.

Code de commerce, articles L. 642-1 et suivants : cession de l’entreprise, contenu des offres et transmission de certains contrats.

Cet article présente une analyse générale. Les conditions d’une reprise dépendent de la situation de l’entreprise et du cadre juridique applicable.